Né entre deux horizons, franco-brésilien et autodidacte,
Melh Ghroum érige l’expérimentation en méthode et la rigueur en exigence. Son œuvre, à la fois protéiforme et minutieuse, s’affirme dans un mouvement critique nourri de philosophie et d’une attention extrême au geste.
Dans un style qu’il nomme baroque-post-surréaliste, il capte l’esprit d’un temps fracturé par la pandémie, l’effondrement annoncé et l’individualisme. Ses toiles convoquent la mémoire des forces psychiques chères au surréalisme, pour résister à l’absurde et à l’inévitable. Ainsi, le XVIIe et le XXIe siècle se reflètent : deux époques distantes, mais traversées par la même inquiétude tragique, le même vertige intérieur.
Au centre de son processus se déploie le cône interprétatif — une architecture invisible qui guide la création. Tout commence par une forme, une idée, un fragment du réel observé ou médité. Cette étincelle initiale devient matrice d’un réseau de micro-interprétations : éclats de sens, pistes symboliques, variations sensibles qui s’éparpillent et prolifèrent. Le cône s’élargit alors, comme une expansion du possible, avant de se resserrer peu à peu vers une direction unique. Dans ce mouvement de dispersion et de convergence, l’image archétypale se révèle : condensée, essentielle, universelle.
Chaque œuvre conserve pourtant une tension, une ambivalence. Elle n’impose pas un discours mais ouvre un espace critique : un miroir polyphonique où chacun peut projeter sa propre interprétation.
Ainsi, l’image devient à la fois oracle et question.
"Là où la figure prophétique du poète s’est effacée dans la littérature, elle persiste, transfigurée, dans la peinture de Melh Ghroum."



